Le Comptoir de Marc Fromager

Le suicide de l’Europe

4 min de lecture

Introduction

Suicide d’un continent ou suicide d’une civilisation ? Les Européens ne font plus assez d’enfants, d’ailleurs ils n’en veulent même plus du tout. Comment expliquer le mystère de cet effacement volontaire ? Perte des fondements culturels ? Haine de soi ? Culpabilité entretenue ? Si l’on sauve la planète en n’ayant plus d’enfants, à quoi cela servira-t-il ? Dramatisation excessive ou simple constat rationnel ? Analyse des données et tentative de trouver des explications.

Décryptage

Force est de constater que l’Europe traverse un tournant démographique inédit, caractérisé par un effondrement de la natalité et un vieillissement accéléré de sa population. C’est ce qu’on appelle un « hiver démographique », ce qui devrait rassurer les personnes angoissées par le réchauffement climatique. 

Nous avons d’abord une natalité au plus bas historique. Selon les données publiées par Eurostat, l'indice synthétique de fécondité au sein de l'Union européenne s'établit à seulement 1,34 enfant par femme, le niveau le plus bas enregistré depuis le début des mesures comparables. Ce chiffre est très éloigné du seuil de renouvellement des générations (fixé à 2,1).

Aucun pays européen ne parvient à renouveler sa population, même les meilleurs - Bulgarie (1,72), France (1,61), Slovaquie/Slovénie (1,52). En bas du tableau - ambiance Jurassic Park et l’extinction qui va avec - Malte (1,01), Espagne (1,10), Lituanie (1,11). 

Cette baisse de la natalité s’accompagne d’une hausse de l’espérance de vie, ce qui produit naturellement un vieillissement rapide et structurel de la population. Le nombre annuel de décès (4,8 millions) dépasse largement celui des naissances (3,5 millions), l’âge médian est en hausse (44,5 ans ) et la proportion des seniors ne cesse de progresser.

Seul le solde migratoire net (+ 2,05 millions) vient empêcher la population en Europe de d’ores et déjà diminuer. Ce déséquilibre démographique pose des défis systémiques pour les États européens, notamment en termes de pénuries de main-d’œuvre et de pressions accrues pour le financement de la protection sociale.

Avant de chercher à savoir s’il s’agit d’une bonne chose ou pas et d’imaginer éventuellement des solutions, cherchons d’abord à comprendre pourquoi.

Pour un certain nombre d'historiens et d'intellectuels, le véritable « suicide » de l'Europe a déjà eu lieu et s'est déroulé au XXᵉ siècle. Les deux guerres mondiales que certains qualifient de guerre civile européenne ont dévasté le continent de manière durable : pertes humaines considérables, notamment de jeunes hommes en âge de procréer, dégâts économiques majeurs et, plus profondément, une atteinte morale avec la remise en cause de tous les fondements culturels admis jusque-là.

La civilisation occidentale aurait perdu la foi en ses propres valeurs, son histoire et sa légitimité et aurait développé une haine de soi culturelle. “Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles” écrit Paul Valéry au lendemain de la Première Guerre mondiale. “Les civilisations ne meurent pas assassinées ; elles se suicident” souligne Arnold J. Toynbee.

Mais ce suicide apparent s’accompagne simultanément d’une immigration massive, qui modifie rapidement le tissu social de la société. Faute de conviction quant à la valeur de sa propre civilisation, l'Europe se révèle incapable de proposer un modèle d'intégration ou d'assimilation fort aux nouveaux arrivants.

Si l’on considère qu’une partie importante de cette immigration est musulmane, les risques de tensions communautaires, de montée de l'islamisme et de recul des libertés civiles, notamment pour les femmes et la liberté d'expression, sont réels, voire déjà visibles, en dépit des critiques possibles de dramatisation excessive et de récupération politique.

La question reste donc posée : pourquoi les Européens ne font plus d’enfants ou du moins pas assez ? Pour le “pas assez”, citons d’abord des facteurs externes : 

  • quasi disparition du modèle de la mère au foyer

  • allongement des études 

  • focalisation sur la carrière

  • maternités plus tardives (l'âge moyen des femmes lors de la naissance de leur premier enfant s'élève désormais à 29,9 ans)

  • coût du logement

  • perte générale de pouvoir d’achat

  • insécurité croissante

  • pression idéologique pour sauver la planète (même si on voit difficilement comment une naissance dans un continent qui se suicide pourrait mettre en danger cette même planète)

Facteurs internes : un narcissisme contemporain nourri par les réseaux sociaux, un refus des contraintes, une “civilisation” de l’instant présent, un goût pour le divertissement et les voyages, …

Ces facteurs peuvent avoir un impact sur le “moins d’enfants” mais illustrent sans doute davantage le “pas d’enfants”. Le monde semble tellement chaotique que ce ne serait même pas charitable de mettre au monde des enfants dans ces conditions. 

Et il y a là quelque chose de paradoxal : depuis toujours, l’Europe a été globalement moins riche et moins en paix qu’aujourd’hui et cela n’empêchait pas ses habitants de se reproduire. Objectivement, on aurait plus de raisons d’avoir des enfants aujourd’hui en Europe que pendant les deux derniers millénaires. Et pourtant !

Comment qualifier finalement cet état d’esprit sinon par une perte profonde du sens de la vie et de l’espérance ? Il est vrai qu’entre l’avortement et l’euthanasie, c’est bien à une culture de mort que nous sommes soumis. Dans ce contexte, il apparaît que les derniers à croire encore en l’avenir sont les croyants. Chrétiens, juifs ou musulmans, ils sont les derniers des mohicans ou alors des précurseurs. À vous de voir.

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