Introduction
Imaginons que des forces occultes détestent les Blancs et parmi eux, encore plus les Slaves. Imaginons que ces mêmes personnes détestent également les Chrétiens et parmi eux, encore plus les Orthodoxes.
Pour les forces occultes, chacun est libre de broder à sa guise, mais on peut imaginer que leur rêve serait un grand bain de sang entre orthodoxes slaves. Or, c’est exactement ce à quoi nous assistons dans ce conflit entre l’Ukraine et la Russie. De quoi s’agit-il réellement ? La couverture médiatique occidentale a-t-elle encore une quelconque valeur ?
Décryptage
C’est l’histoire d’un Viking. Pour consolider son règne, il épouse une princesse chrétienne de Constantinople – Anna Porphyrogénète – et se fait baptiser en 988. C’est le baptême de la « Rus » en même temps que le sien, Vladimir ou Volodymyr, les prénoms de Poutine et Zelensky.
Les siens, des Varègues, Vikings de Suède, se sont emparés de Kiev qui est au bord du Dniepr, une étape incontournable sur la route commerciale fluviale qui va de la Baltique à la Mer Noire et donc à Constantinople. Fondée au VIème ou VIIème siècle et conquise par le prince de Novgorod en 882, Kiev devient chrétienne et Vladimir devient pour l’Histoire saint Vladimir.
Née vers 1027, Anne est la fille de Iaroslav, grand-duc de Kiev, et l’on vante sa beauté jusqu’à Constantinople. Le 19 mai 1051, en épousant Henri 1er, elle devient reine de France. Parmi sa descendance, on compte les rois de France bien sûr mais aussi des monarques britanniques, belges, espagnols, suédois et monégasques.
Anne d’Ukraine, grand-mère de l’Europe ? De quel côté va pencher l’Ukraine ? Géographiquement, elle est européenne, tout comme sa voisine orientale, la Russie, du moins jusqu’à l’Oural. Mais la question qui se pose maintenant est celle de la sphère d’influence à laquelle elle sera rattachée.
En 1667, l’Ukraine d’aujourd’hui n’existe pas. C’est une zone-tampon, absorbée par la Russie à l’est et par la Pologne et la Lituanie à l’ouest, ce qui explique que l’Ukraine est surtout russophone et orthodoxe dans sa partie orientale et ukrainophone et catholique dans sa partie occidentale. En 1772, ce qu’on appelle l’Ukraine aujourd’hui fait quasi intégralement partie de l’Empire russe.
En 1794, la ville d’Odessa est construite par le duc de Richelieu, descendant du grand Cardinal, émigré à la cour de la Tsarine pendant la Révolution française, et qui se verra confier la création d’une nouvelle ville en Crimée qui, aujourd’hui encore, est peuplée de Russes et russophone.
Entre 1917 et 1922, l’Ukraine connaît une brève indépendance mais se retrouve vite engloutie, non plus comme État mais comme simple entité administrative au sein de la nouvelle Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Né du démantèlement de l’URSS, l’État ukrainien réapparaît en 1991, il y a donc un quart de siècle.
Les États-Unis promettent de ne pas avancer l’OTAN « d’un pouce vers l’Est » en l’échange de la réunification de l’Allemagne. L’OTAN savait très bien qu'en se rapprochant des frontières russes, elle risquait de déclencher une guerre majeure en Europe !
« L’élargissement de l’OTAN sera l’erreur la plus fatale de la politique américaine de l’après-guerre froide » indiquera George Kennan (1997, architecte de la stratégie de l’endiguement).
Puis vint le tour de l’Ukraine. Révolution orange en 2004 - une révolution de couleur comme savent le faire les Américains - mais qui n’aboutit pas. On remet le couvercle dix ans plus tard en 2014 avec les événements de Maïdan, largement déclenchés et soutenus par les Etats-Unis, qui de facto prennent le contrôle du pays et vont préparer l’armée ukrainienne à la prochaine étape : une confrontation avec la Russie, huit ans plus tard.
Revenons en 2014. Les habitants du Donbass commencent à être traités différemment que les citoyens ukrainiens. Russophones et perçus comme trop proches des Russes, toute une série de discriminations leur seront imposées. Leur langue n’est plus reconnue officiellement, les prestations sociales interrompues. A partir de 2017, les échanges commerciaux entre l’Ukraine et le Donbass sont arrêtés
La région, qui est en Ukraine, commence à être bombardée par l’armée ukrainienne. Selon l’ONU, la guerre du Donbass fera, entre 2014 et 2022, c’est-à-dire avant l’intervention russe, plus de 13 000 morts et le déplacement de près d’un million et demi de personnes.
Très rapidement, des rencontres diplomatiques sont organisées entre l’Ukraine et les séparatistes pro-russes sous médiation franco-allemande. Les accords de Minsk, du nom de la capitale biélorusse où ils ont été signés en 2014 (Minsk 1) et 2015 (Minsk 2), prévoient notamment un cessez-le-feu immédiat et le retrait des armes lourdes dans chaque camp.
Les accords de Minsk 2 sont signés le 12 février 2015 selon le format Normandie qui regroupe l’Ukraine, la Russie, la France et l’Allemagne ainsi que des représentants du Donbass. Mais cet effort de résolution du conflit était visiblement pipé dès le départ, les Occidentaux n’ayant visiblement jamais eu l’intention d’œuvrer pour la paix.
En décembre 2022, Angela Merkel, l’ex-chancelière allemande et cosignataire des accords, reconnaît dans une interview au journal Die Zeit que « les accords de Minsk devaient donner du temps à l’Ukraine » et qu’ils n’étaient qu’un moyen pour l’Ukraine de se renforcer militairement, ce que François Hollande confirmera.
Devant l’imminence d’une opération militaire ukrainienne d’envergure en février 2022, la Russie réagit et déclenche une « opération militaire spéciale » le 24 février.
Quatre ans et demi plus tard, la guerre continue. « L'Occident semble prêt à combattre la Russie jusqu'au dernier Ukrainien » selon Poutine, même si les propos ont pour origine l'ancien diplomate américain Chas Freeman.
L’aide occidentale est massive : le budget total alloué par les États-Unis pour soutenir l'Ukraine s’élève depuis le début de la guerre à 195 milliards $ dont une part majeure reste aux États-Unis pour financer la présence militaire américaine en Europe et réapprovisionner les stocks de l'armée américaine auprès des usines de défense américaines (sic !)
De son côté, l'Union européenne a mobilisé un total d'environ 216 milliards d'euros en aide globale dont 77 Mds de soutien militaire et 17 Mds pour l’accueil de réfugiés dans l’UE (re sic !)
Et la France dans tout ça ? A peu près 44 Mds €, dont 6 de soutien bilatéral et 38 de contribution aux mécanismes d’aide communs de l’UE. Pratiquement 1 milliard € par mois depuis 4 ans et demi. Heureusement que nous en avons les moyens !
Outre cet effort financier de l’Europe, il est difficile de ne pas constater les effets délétères sur la santé économique et financière du continent : privé de l’énergie bon marché qui nous parvenait de Russie (destructions du Nord-Stream, sanctions), l’Europe connaît une désindustrialisation accélérée et un effondrement économique.
Il est également difficile de ne pas identifier le principal bénéficiaire de cette guerre : les États-Unis, dont le complexe militaro-industriel sera le grand gagnant, sans compter les exportations de gaz de schiste et le rapatriement sur leur sol d’industries européennes.
Cela contrarie quelque peu le narratif médiatique mais avec tous ces éléments en main, il devient en effet vraiment difficile de ne pas comprendre que cette guerre est avant tout une guerre américaine contre la Russie et contre l’Europe.
Comment se terminera-t-elle ? L’Ukraine va certainement disparaître telle qu’elle est aujourd’hui. Les Russes reprendront la partie orientale - historiquement la Nouvelle-Russie - et les Polonais la partie occidentale (Lviv et la Galicie, autrefois polonaises). L’Europe, dont les élites politiques auront été renouvelées (il faut rester optimiste) comprendra qu’elle a tout intérêt à rebâtir un partenariat avec la Russie, ne serait-ce que pour sauver les derniers Ukrainiens qui ne seront pas morts entre-temps pour des intérêts qui n’étaient pas les leurs.
Autre scénario : l’objectif initial de la destruction et de la prise de contrôle de la Russie demeure d’actualité et nous nous acheminons alors vers une grande guerre européenne.
C’est visiblement ce que souhaitent les instances de l’Union européenne et leurs laquais nationaux. Si vous avez des fils, commencez à les initier à la prière : ils en auront alors bien besoin sur le front de l’Est !
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Pour approfondir : « Ukraine, Gaza et autres tracas » de Marc Fromager (Éditions Salvator)




